Comment se remettre d’un fiasco sexuel ?

conseil sexuel
La chroniqueuse Maïa Mazaurette donne quelques conseils pour éviter les rapports sexuels qui tournent mal et nous explique comment se remmetre d'un fiasco sexuel.

Maïa Mazaurette nous explique

Parce que nous sommes de grands naïfs, le sexe passe pour une activité sûre, au moins en comparaison avec le parapente. Bien tassés entre deux oreillers, on pourrait se croire en territoire conquis… jusqu’au moment où ça coince, et sur des choses énormes (je ne parle pas des organes). Sans vouloir ruiner votre brunch, il y a la fracture du pénis, les déchirements des muqueuses, les objets « oubliés à l’intérieur », les exhibitions qui tournent mal, le revenge porn, la bougie romantique qui met le feu aux rideaux, la chute sous la douche, à quoi l’on ajoutera, entre autres, les infections et autres grossesses non désirées. Le sexe peut nous faire terminer aux urgences. Et au commissariat.

Heureusement, ces cas-là n’arrivant pas tous les jours, on s’en tiendra ici aux fiascos de couples installés s’honorant mutuellement dans l’intimité de leur chambre, non parce que ces fiascos sont moins graves (on peut infliger de réels traumatismes à quelqu’un qu’on croyait connaître par cœur) mais parce qu’ils sont plus fréquents. Typiquement, le rapport qui fait mal alors qu’on voulait faire du bien, la réaction allergique surprise (il y a beaucoup de produits bizarres dans nos huiles et lubrifiants), l’humiliation, le « dirty talking » qui tombe pile sur une vulnérabilité, les humeurs qui débordent, l’embarras d’une jouissance qui ne vient pas, ou trop tôt, ou pas comme on l’attendait, ou pas au bon endroit, la confession dans le feu de l’action qu’on n’est pas certain d’assumer le lendemain, le fantasme qui tourne au cauchemar, le mari qui rentre sans prévenir, la faute de consentement mal interprété. Avec un gros et caetera.

Ne pas faire comme si rien ne s’était passé

Certains cas appartiennent à la comédie « je me suis endormi en pleine action », d’autres à la tragédie « c’était censé être un jeu sexuel un peu sauvage, ma partenaire s’est sentie violée ». Evacuons donc les fiascos racontables en gloussant aux amis pour nous concentrer sur le vrai dérapage : celui où l’un des partenaires au moins a été blessé. Que cette blessure soit physique ou émotionnelle est tout aussi invalidant. Quelque chose de l’ordre de la confiance est cassé. On a voulu toucher à l’intime, on a perdu. Instant consolation d’abord : si vous avez échoué, ça veut dire que vous avez essayé quelque chose. J’enfonce cette porte ouverte parce que la sexualité parfois, non seulement n’enfonce plus de portes du tout, mais les laisse chastement fermées – et ça, c’est peut-être une autre forme de fiasco.

Alors… peut-on se contenter d’avoir appris sa leçon ? Une confiance de perdue, dix de retrouvées, et vogue le navire ? Sans doute pas. Mais au moins peut-on espérer remettre les compteurs à zéro. A condition, et c’est important, de ne pas faire comme si rien ne s’était passé. Vous ne pouvez pas faire l’autruche après un fiasco, sous peine de voir ce non-dit grandir comme le monstre dans le placard. Autre consolation : dans le cas où le fiasco appartenait à l’intimité émotionnelle ou charnelle, donc au royaume des sentiments invisibles, le simple fait que vous ayez conscience de la catastrophe signifie que l’autre vous a parlé. Un bon point pour la communication ! Tant que le mal est dicible, les meubles sont sauvés. Presque. Un peu.

Eviter les excuses hypocrites

Puisque le dialogue est enclenché, commencez par vous excuser – sans chercher à désigner des coupables, parce que le plus souvent, un fiasco n’est la faute de personne. On se doute bien que vous n’avez pas fait exprès (sauf si vous êtes du genre à faire l’amour pour infliger des souffrances, auquel cas vous aurez l’amabilité de vous rendre immédiatement chez le psychologue le plus proche). Ces excuses servent à reconnaître le mal-être causé et à marquer votre bonne volonté. La pire réaction consiste à nier « mais non, ce n’est rien » ou à remettre en cause la légitimité des sentiments heurtés (« tu ne devrais pas le prendre ainsi » – ce n’est pas à vous de décider comment autrui organise ses réactions émotionnelles). Evitez aussi les excuses hypocrites de type « je suis désolé que tu le prennes ainsi » (non : vous êtes désolé tout court).

Une bonne manière de briser la glace consiste à demander très précisément où les choses ont dérapé – pas pour vous flageller, mais dans une démarche positive de guérison. Sans compréhension des mécanismes du fiasco, vous risquez de le reproduire. Or si l’erreur est humaine, la répétition de l’erreur est stupide. Deux moments en particulier sont cruciaux, et vous veillerez à ne pas vous contenter du premier : le dérapage, puis la continuation du dérapage. Un fiasco qui s’arrêterait dès son commencement pourrait à peine entrer dans la définition officielle : un rapport raté, vraiment raté, ce sont toujours quelques secondes ou minutes de trop.

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Mettre en place des garde-fous

On peut ne pas remarquer un sursaut de douleur, mais on ne devrait pas pouvoir ignorer cinq minutes de pénétration douloureuse. Non qu’il faille, dans cet exemple précis, accuser la personne « active » : il y a des douleurs qui paralysent, des surprises qui enlèvent les mots de la bouche – on peut dépasser le consentement et plonger l’autre dans la stupeur. C’est pourquoi dans le cas de pratiques à risque (le bondage, le sadomasochisme, l’activation de fantasmes de viol, l’utilisation de mots grossiers), le consentement ne doit pas se demander une fois pour toutes mais plusieurs fois tout au long du rapport. On peut accepter d’être enfermé, pour réaliser au bout de deux minutes que nous sommes claustrophobes.

Dans le cas de la sidération, ou du bâillon qui a trop bien rempli son office, il faudra absolument mettre en place des garde-fous pour la fois suivante – si fois suivante il y a. Car cela aussi, il faudra le négocier, et dans l’humilité : est-ce un fiasco définitif ? Si oui, n’insistez pas – profil bas (la personne pourra toujours, ou non, changer d’avis.) Dans le cas toujours où vous êtes la personne blessante, vous noterez que c’est souvent en amont que l’erreur a été commise : la préparation expéditive d’une sodomie, l’inexpérience en sadomasochisme (certains fouets sont incroyablement plus douloureux qu’ils n’y paraissent, même maniés délicatement).

Contrôle et empathie

Dans ces conditions, ce n’est pas « la faute à pas de chance ». Vous avez négligé une composante de l’organisation sexuelle qui est de vous informer – surtout quand vous testez une nouveauté, et surtout quand vous la testez sur d’autres nerfs que les vôtres. Un adulte sensé devrait être en contrôle de lui-même, et dans l’empathie envers ses partenaires. Tirez les conséquences logiques de votre éventuel manquement : si vous ne saviez pas, peut-être auriez-vous dû savoir.

Enfin, avant de retenter une expérience de même type que celle qui vient d’échouer, ou même une fantaisie baroque complètement différente, revenez aux basiques, quels qu’ils soient. Si la confiance sexuelle doit être restaurée, réactivez-en les principes les plus essentiels. Rappelez au partenaire blessé qu’entre vous, d’habitude, les choses fonctionnent. Et qu’un fiasco ne signe pas nécessairement la fin de la confiance. Prenez votre bâton de pèlerin, votre mal en patience, et comme pour toutes les plaies : laissez guérir.

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Publié par Jtkiff le